Vous savez, D'zaïr ça veut dire "les îles", et les îles elles poussent dans la mer ; contrairement à d'autres villes de Méditerranée, El Djezaïr el 3asima ne tourne pas le dos à la mer, elle regarde la mer de toutes ses rues, de toutes ses collines, elle est punie quand elle ne voit pas la mer. Et qu'est-ce qui vit dans la mer, et qui se mange ? Bien sûr, les poissons, du plus petit comme les anchois jusqu'au plus gros comme le thon, et les moules et les oursins, et les crustacés.
 Quand j'étais petit, on allait au vivier de Sidi-Ferruch pour manger des moules et des huîtres ; et puis le vivier a fermé, et puis ensuite il a rouvert dans le nouveau Sidi-Fredj de Fernand Pouillon, et on est retourné au vivier pour manger des moules.
 On allait aussi au marché Clauzel chez le marchand de poissons acheter des écrevisses du Mazafran, des daurades et des mérous, qu'à Alger on dit des " méros", et des calmars, qu'on dit des " calamars" même que dans la Parodie du Cid, c'est une belle insulte : " calamar que t'i es, va !", qu'elle est pas gentille pour les calamars, parce que je connais pas une façon de les manger où ils sont pas bons les calamars : à la poêle, en beignet, sur le grill, farcis, dans le riz à l'espagnol que c'est comme ça qu'on appelle la paëlla avec beaucoup du Spigol pour que le riz i vient jône, à l'encre, avec des spaghettis, que même ceux de la SN Sempac i sont bons si vous mettez des calamars (on va voir les vrais Algériens qui connaissent les spaghettis de la SN Sempac !).
Les anchois et les sardines aussi, c'est une institution : demandez à Papa et à Tonton Falcone ce qu'ils en pensent ; si dans mon garde-manger je n'ai pas des boîtes de sardines, pour moi c'est comme si je n'avais rien, et pas des sardines de n'importe où ! maintenant qu'on ne trouve plus des sardines de chez nous en France, moi je mange des sardines du Portugal ou du Maroc, les vraies sardines ! bon d'accord, de temps en temps je goûte des sardines de France, pour voir, mais je les aime pas trop, c'est de la cuisine exotique ! et les sardines à la scabètche (ou à l'escabèche, kif kif), bien saisies dans le vinaigre chaud, et servies tièdes ou froides avec un petit Médéa rosé bien frais (si je continue, y en a i vont avoir des crampes à l'estomac !) ; quand on allait déjeuner chez Bibi à la rue de Tanger, les sardines à la scabètche c'était le hors d'oeuvre bessif ! ou alors, les sardines farcies aux épinards c'est taïba aussi, et puis facile comme tout à faire : on ouvre la sardine, on la vide entièrement, on met des épinards frais gentiment hachés à la place avec des épices comme i faut, on fait cuire au four, et comme ça se mange en entrée comme rien, il en faut (au moins) une livre par personne, vous pouvez commencer tout de suite, j'arrive ! Je vous fais pas le même coup afic les anchois, pourquoi vous allez mourir avant d'avoir tout lu !
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je ne sais plus à qui je dois cette photo, mais merci quand même !
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Et qui c'est qui connaît pas les cigales de mer ? qu'à côté les langoustes c'est bon mais pas plusse ? ça aussi c'est facile comme tout : vous allez à la mer afic les palmes, le masque et un bon crochet et puis des vieux gants pour pas que vous vous tuez les mains, vous connaissez un coin à vous tout seul où les cigales elles aiment venir pour taper le carton ou les dominos (genre café arabe pour les cigales), vous allez et vous faites bien an tan tian que personne i voit là où vous plongez, et paf vous rentrez au cabanon avec le couffin plein de cigales ; ensuite, un grand canoun dans la main droite, la cigale coupée en deux vivante (oui vivante, vous le disez pas à Brigitte Bardot, pour pas lui faire la peine !) dans la main gauche, du poivre, et avec la main qui vous reste (d'où il est çuila là qu'i dit "la quelle main ?") vous vous tenez le verre de rosé pendant que le manger i cuit comme i faut ; comment, vous connaissez pas un coin aoussque les cigales elles ont leur café arabe ? alors vous faîtes comme moi : un jour en 1977 ou 78 je me rappelle plus bien mais c'est pas grave, avec ma femme on était à La Pérouse, là à côté de Cap Matifou, vous voyez bien juste en face là bas c'est Alger, et je retrouve de mes étudiants de l'Iteba : "cheikh, ouash rak, yaatik saha", "enta labès, ki fash, i la famille comment ça va", "el hamdou lillah, tôt l'monde labès grâce à Dieu", enfin quoi on se dit bonjour poliment vous voyez ; et puis après "i fait beau, on a la chonce, qu'est ce tu fais, moi je vais à la plage, nous on va à la pêche, et quelle pêche, la pêche aux cigales" comme i font les gens du monde, i prennent les nouvelles et tout ; et là, les rijâl i me montrent un cageot en plastique des légumes afic plinplinplin des cigales qu'elles étaient dedans ! moi, j'me regarde dans le porte-monnaie, je compte les billets de 10 DA, vous avez les grands roses, et en avant je discute "ashral ouahad ya khoya, dis moi combien t'i es mon ami", et eux durs comme i sont pas avec les affaires i me disent "non on va à un restaurant, on vend tout d'un coup, c'est mieux" bon, le coeur comme çuila qu'il
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J'avais plus les gros billets, j'vous ai mis un pitit !
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a perdu la guerre, on se rentre dans la 'oiture et vinga la route pour Alger ; attendez c'est pas fini ; on passe Cap Matifou, on passe le bois là sur la gauche avec la vieille gare des CFRA, les vendeurs des fleurs sur la droite avec les arums peints pourquoi c'est plus joli et si on peut arnaquer gentiment les imbéciles qui connaissent rien (les coopérants dans les 'oitures "CT" par exempe, bon d'accord pas tous, y en a qu'i connaissent, d'accord je veux pas faire fâche afic tôt l'monde !) c'est mieux, et un peu avant Fort de l'Eau, je vois dans la glace de la voiture les rijâl de tout à l'heure qu'i me font des signes à tout casser ; on s'arrête à le bord ed'la route, et ouhad rajel igouli "cheikh astena tchouf on a changé d'idée, toi tu es là, le restaurant il est là bas, combien tu nous donne" ma parole j'me suis tombé le darrière par terre ! on discute comme des gens bien élevés (oui maman, merci maman !), et on fait échange, moi ed-draham, eux les ôtres le cageot ma3a les cigales ; comment que c'était pas la fête après dans la 'oituuuuuure, comment qu'on était pressés d'arriver à la maison pour inviter tôs les amiiiiiis ; comme quoi les amitiés, ça dure toute la vie, ma parole d'honneur c'est vrai.
 Attendez, je vous ai pas encore parlé des oursins, vous pourrez partir après ; les oursins, y a les bons, et les mauvais : les mauvais c'est quand i sont cachés dans les rochers juste là où vous allez poser le pied bien fort, les bons c'est quand vous êtes bien installés dans l'eau bien tiède avec le matériel pour ramasser "un bon peu d'oursins", c'est à dire juste suffisamment pour tout le monde, et qu'ensuite on passe à l'ouverture et on mange ; juste suffisamment, je vous donne un exemple quand j'allais à la plage familiale entre Guyotville et le Club des Pins avec des copains, on remplissait un grand panier là ousque les boulangers à Alger i mettent les baguettes, si vous voyez ; non, on a jamais essayé de compter, même les douzaines, on en avait pas assez les doigts pour ça. Les oursins, pour qu'i soient bons i faut 3 choses : d'abord i faut les pêcher soi même, ensuite les manger vite et si possible au bord de l'eau, après il en faut beaucoup à la fois des oursins et des amis pour les manger, et pour finir i faut le Médéa rosé bien frais (romarquez avec le Paul Robert ou le Mascara ça marche pareil), le pain si c'est la vraie fougasse, pas les imitations de France c'est mieux, le gros citron pour les ceusses qu'i zaiment, mais ça c'est pas obligé (oui, ça fait 4 choses, c'est bien vous avez remarqué, ça veut dire que vous écoutez les histoires qu'on vous raconte, au moins je perds pas mon temps !).
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