Entre la marchande de bonbons en face l’arrêt du car, la buvette de Saint-Joseph, la petite épicerie de l’autre côté de l’école des filles, la boulangerie du Floriana, et tous les autres fournisseurs que j’oublie, il y avait tellement d’occasions de se bourrer de ces choses délicieuses que les mamans appellent je ne sais pas pourquoi “encore ces cochonneries qui vont te faire mal aux dents !”.
Difficile de savoir par quoi commencer l’inventaire : peut-être les gros chewing-gums Globo, parce que c’est quand Françoise m’a demandé si j’en avais déjà parlé que j’ai eu l’idée de cette page ; je n’ai jamais beaucoup mâché de chewing-gums, parce que maman n’aimait pas ça, et que j’obéissais à maman ; le seul endroit où je pouvais mâcher tranquillement, c’était dans l’avion, parce que c’est bien connu, mâcher du chewing-gum pendant le décollage ou l’atterrissage de l’avion ça évite d’avoir mal aux oreilles ; pour autant que je m’en souvienne, les chewing-gums Globo, c’était des gros chewing-gums plus carrés que longs, et quand on ouvrait le papier de la papillote, il y avait un autre papier à l’intérieur avec une blague ou une devinette ; bien sûr, le chewing-gum avait un goût 100% chimique, kima la limonade de Hamoud Boualem, il était d’une couleur complètement pas naturelle du tout, une espèce de rose bizarre, trop clair pour être né à Blida, vous savez, la ville des roses ; bessah le kif avec les Globo, c’était de faire des bulles de champion du monde, des bulles que si Zizou il avait mâché des Globo quand il était petit, il aurait pas tapé le ballon mais fait entrer les bulles de Globo aux Jeux Olympiques ; lakin, mâ rânish Zizou, alors je ne savais même pas faire des bulles avec le chewing-gum !
La vérité, moi je préférais les roudoudous, ça aussi ça avait un goût de limonade de Hamoud Boualem, ya3ni un goût 100% chimique garanti sans produits naturels, le kif à l’époque quand j’allais à l’école au Pensionnat Saint-Joseph en prenant le car devant l’Ecole des Pins à el Biar. Le roudoudou, ça tient bien dans la main, surtout quand on a 9 ou 10 ans, le dehors il est cannelé kima les gros macaronis qu’on fait la cassuela avec (comment, je vous ai pas raconté la recette de la cassuela ? Fassez moi penser que je vous la donne, d’accord ?), et dedans c’est dur, avec des rayures de couleur comme le dentifrice, et sucré comme c’est pas permis ; vous avez trouvé ? Seulement pour ceux qui n’ont pas encore deviné, c’est une espèce de sucre d’orge coulé dans une coquille de palourde, vraiment une cochonnerie.
Ce que je préférais acheter à la coopérative du Pensionnat Saint-Joseph, c’était le coco, soit dans une boîte en fer longue et étroite, soit dans des tubes un peu comme les pailles à boire ; dans les deux cas, la meilleure façon de manger cette gourmandise c’était de s’en mettre un peu dans la paume de la main, et ensuite de passer un petit coup de langue : total, il ne fallait pas beaucoup de coco pour avoir le creux de la main et le bout de la langue jaunes comme le Spigol, et en plus c’est vachement difficile à faire partir ! mais qu’est ce c’était bon, et combien de récréations j’ai passées soit à faire la queue devant la fenêtre-comptoir de la coopérative, soit à taper le tube de coco dans le creux de ma main gauche, puis à lécher le petit tas de coco qui y était tombé. En revanche, je suis incapable de dire comment le coco était fabriqué, ou si ça existe toujours ; je pense que c’était fait à partir de la réglisse, mais comment obtenait on cette poudre, mystère.
Et le zan, vous connaissez le zan ? Ma première rencontre avec le zan, je l’ai faite dans le bureau du Frère Louis, le préfet des études au Pensionnat Saint-Joseph : il adorait les Cachous Lajaunie dans leur petite boîte jaune, qu’il appelait des “petits négros”, et nous récompensait souvent d’un petit négro lorsque nous lui avions rendu visite dans son bureau. Mais nous trouvions le zan sous de nombreuses autres formes plus amusantes, comme les rubans plats enroulés autour d’une perle, ou les martinets, ou simplement des petits bâtons de dix ou quinze centimètres de long sur lesquels nous pouvions nous faire les dents pendant des heures, et la bouche bien noire aussi.
Ca vous fatigue pas de mâchonner ? Alors nous avions aussi les bâtons de réglisse, petites branches marron et bien dures qu’on peut mordiller ou sucer pendant très longtemps aussi sans les user.
Après le dur, le mou de la guimauve, les serpents de guimauve avec une petite bague en plastique juste sous la tête ; certainement pas très hygiénique non plus, mais la même impression sous la dent que les bonbons mashmallows dont se bourrent les gosses de l’an 2001, avec en plus une forme et une couleur bien plus amusantes, pensez : un serpent de 30 cm de long, bien ondulant, une vraie tête avec les yeux dessinés et une vraie queue pointue, de quoi se remplir les joues comme les singes des bandes dessinées ; si c’était bon pour les dents et l’estomac ? Vous en avez des drôles de question !
Si j’achetais les roudoudous chez la dame de l’arrêt du car, je m’arrêtais aussi souvent à la petite épicerie de l’autre côté de l’école des filles pour faire le plein de caramels, grands ou petits, durs ou mous, au café ou au chocolat ; les plus petits valaient 2 anciens francs, les plus gros cinq anciens francs, vous savez les grosses pièces légères et même un peu molles que l’on pouvait mordre sans trop de peine, et qui ont ensuite servi de jetons dans les ascenseurs d’Alger pendant tant d’années ; pour les plus jeunes qui n’ont pas connu l’époque où il fallait préciser dans quels francs (“anciens” ou “nouveaux”) on parlait, cinq anciens francs c’est la même chose que un douro ; et si vous ne savez pas ce qu’est un douro, alors vous n’avez pas dû vivre très longtemps à Alger, vous savez, la plus belle ville du monde ! pour en revenir aux caramels, il devait y avoir de la colle dedans, sûrement de la seccotine, je n’ai jamais rien connu de mieux pour se coller les dents pendant tout un après-midi ; les caramels à deux francs sont ceux qui sont le mieux passé du Franc au Dinar Algérien en 1965, ils sont devenus une partie importante du système monétaire et tous les épiciers mozabites ont rendu la monnaie en caramels à deux zanciens francs pendant des années.
Je ne vais pas vous l’apprendre, j’espère, les caramels sont carrés ; mais alors, comment  appelle-t-on les caramels rectangulaires ? Bessah, vous avez trouvé, ça s’appelle les carambars ! Il paraît que aujourd’hui on trouve des carambars au Coca-Cola, ça doit être vraiment dégueulasse ; si c’était au Sélecto, ça vaudrait la peine, mais au Coca, les gens qui ont inventé ça ils veulent empoisonner nos enfants, la vérité ! Nous, on avait des carambars au caramel, oua khlass, et je vous jure on était contents comme tout, parce que les carambars quand ils sont en bon état de marche ils sont durs comme du bois, alors on les met dans la bouche pour les sucer et les faire fondre, et comme ils sont trop grands pour la bouche d’un enfant de 10 ans, on bave terribe !
Tout ça, c’était à la récréation : à Saint-Joseph, nous avions la chance d’avoir une coopérative, sans doute pour les internes, vous savez ceusses que leurs parents i zabitent loin et on ne sait pas si i zont pas la chance ou la chance d’habiter toute la semaine à l’école ; moi je pensais que c’était pas bien, mais en lisant certaines histoires racontées par des internes, je finis par penser que c’était eux qu’i zavaient la chance et pas moi ; après tout moi que j’ai toujours été demi-pensionnaire sauf à l’école Victor Duruy à el Biar 3ala khatar la cantine ma kain sh je pensais kif kif avec les externes, vous avez les pôvres qui sont obligés de rentrer manger à la maison au lieu de rester jouer dans la cour ...
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